Le courant et la boue

La vie est si courte, et les journées tellement longues.
Charrier péniblement des tonnes de boues,
Imiter Sisyphe avec le sourire,
Le flot tout proche du temps qui passe, lentement, comme un ruisseau anémique,
Et le grondement tellement présent de l’embouchure, au loin, qui se rapproche à grande vitesse.

Le temps proche est visqueux, il s’oppose au mouvement,
Le chemin est pourtant si fluide,
Toboggan abrupte et lubrifié,
Cris de joies et d’épouvante,
Pour finir éjecter dans la grande mare.

Sortir de ce flux visqueux,
Déchirer les flots poisseux du temps présent,
Pour se laisser happer par le courant,
Au loin vers la cascade,
Et finir en chute libre comme un poisson volant.

Ou rester dans la vase,
La choisir comme matrice,
Contre le fleuve grondant, se cacher tout au fond,
Là où le courant est faible et les obstacles apaisants,
Là où personne enfin ne parlera de temps.

Le temps, il passe.
C’est son job à plein temps.
Au fond ou en surface, rien n’échappe au mouvement,
La cascade est un leurre, un grondement du vent,
La vase est un piège: elle vous mange vivant.

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3 réflexions sur “Le courant et la boue

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