Nous sommes tous des réactionnaires

Alors que je sirotais un chivas dans mon bain moussant, me vint une idée saugrenue. Finalement, nous sommes tous des réactionnaires.

Aujourd’hui certains freinent des quatre fers devant le train néo-libéral transportant les wagons pléthoriques du progrès (musique de journal 20h, pluie de pétales dorés). A moins que ça ne soit l’inverse, finalement on ne sait plus trop. Il avilit les hommes, osant prendre leurs pires vices pour en remplir sa chaudière.
Et ça gaze. Ce combustible est indéniablement efficace pour optimiser la quantité de travail fournie par le moindre trouffion. Mais le train va comme un jeune chien fou en pleine puberté. Il montre son bout turgescent à quiconque, il pisse là ou il mange, il mange là ou il chie: moralement et en pratique, c’est un désastre.

Oui mais, répliquent les hommes modernes. ça produit de la richesse, ça nous donne du boulot.
La richesse c’est important, moins on en a plus on en manque, jusqu’à n’être plus tout à fait un homme (en tout cas pas du tout un winner, ce qui est déjà très grave).
Le boulot ça occupe bien. Vu que la moitié pense à la quéquette pendant que l’autre, privée de la quéquette, complote dans son coin, il parait sage d’emplir les mains et les esprits de besognes envahissantes. Et ça produit de la richesse! Automatiquement! Un peu comme Midas aux toilettes, il suffit d’en chier pour que l’or coule à flot. Notez que la crotte d’or ne revient pas forcément au protagoniste principal, ni au concepteur des toilettes. Mais on prend bien soin de leur laisser à chacun un petit bout de merde dorée, dans lequel ils s’admireront, fascinés par leur reflet anobli dans le métal. Ils sentiront bien une odeur fétide à l’occasion, les chochottes se boucheront le nez, les plus atteints n’auront qu’à se démerder!
En bref et même contre tous, il ne faut pas arrêter cette locomotive en furie, cette diarrhée miraculeuse d’abondance, au risque de tout perdre.
Il faut donc que rien ne change, pour que tout change constamment. Un équilibre sera atteint, peut être, mais l’essentiel est le chemin a dit un grand sage qui s’appelait.. disons qu’il s’appelait Milton Friedman, ça ira bien.

D’un côté des réacs désabusés regardant passer les trains de marchandises, certains rageurs bloquant les voies avec quelques barricades langreuses[1], de l’autre les réacs bon teint, somnolant dans le wagon première classe ou chuchotant à l’oreille du conducteur. Les premiers sont étourdis par la vitesse et veulent la mater, briser son hystérie et son cortège d’angoisses. Les seconds sont ivres d’inertie au sens premier du terme: ils ne souhaitent que la conservation de la vitesse. Ils souhaitent même de l’accélération, cette chute horizontale qu’est un train à grande vitesse accélérant de tous ses caténaires, quitte à saboter les freins.

[1] langreux (du picard): chétif, faible

http://ches.diseux.free.fr/vrac/anc_fr.htm

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